"Projet Hanamichi"

 

"Dans le cadre de la résidence à la villa Kujoyama (Japon) de Yan Allegret courant 2006".

 

 Le projet « Hanamichi » que je présente est un projet d'écriture, qui débouchera sur une création théâtrale franco-japonaise. Je souhaite partir à Kyoto écrire un texte de théâtre autour de la notion de combat, en m'inspirant de la pratique martiale, et du rapport spirituel et sacré qu'entretient le Japon avec les disciplines d'affrontement.

La représentation réelle de l'affrontement m'a toujours intéressé. Que ce soit dans des formes sportives, martiales ou rituelles. Assister à un combat, c'est être face à des forces primaires de vie et de mort, à la fois symboliques et réelles. C'est être face à une violence qui, en s'incarnant, agit comme exutoire de notre violence propre.
C'est enfin la représentation d'une scène archétype, ancestrale, dans laquelle deux êtres s'affrontent, sans armes, selon des codes définis, sous le regard de spectateurs. A l'instar du plateau, le combat est pour moi une métaphore de la vie elle-même. De sa fragilité. De ses sommets, de ses chutes.

Mon intérêt pour les disciplines de combat est à la fois celle d'un spectateur, d'un pratiquant, et d'un écrivain. Spectateur de toutes les disciplines de combat depuis quinze ans. Depuis dix ans, la pratique de l'Aïkido m'a permis d'accéder à une dimension plus profonde de l'affrontement, qui relie le corps et l'esprit, et qui dépasse la notion de victoire ou de défaite.

J'ai, depuis deux ans, amorcé un cycle de travail autour de l'affrontement.
« Projet solo » tout d'abord, que j'ai écrit, mis en scène et interprété en 2004. Le texte est inspiré d'un Haïku de Morihei Ueshiba, fondateur de l'Aïkido. Le spectacle mettait en scène la lutte et la réconciliation d'un homme avec ses fantômes. J'ai utilisé sur scène un bokken ou sabre de bois comme seul décor et comme seul accessoire.
Ensuite « Rachel », que j'ai écrit et mis en scène en avril 2005 à Blanc-Mesnil. Nous nous sommes basé avec les acteurs sur le « Hagakuré » de Yamamoto, livre sur l'éthique samouraï, pour construire le rapport à la présence. Un des acteurs incarnait une figure du guerrier mythique. J'ai travaillé avec lui autour d'un rituel issu du sumo, le dohyo-iri. Ce rituel de purification est réalisé par le Yokozuna, le champion suprême, sur l'aire de combat, avant chaque journée de tournoi. Il peut être également effectué dans un temple à certaines occasions. Le Yokozuna est à la fois le combattant mais aussi celui qui est en rapport avec une réalité invisible et sacrée.

C'est ce lien entre affrontement et sacralité qui m'engage aujourd'hui à poursuivre ce cycle de travail au japon. Parce que l'affrontement y est envisagé différemment. Que ce soit dans la tradition à travers le sumo ou les arts martiaux, ou bien dans la modernité à travers les formes de combat libre, la culture japonaise pense le combat avant tout comme une voie, et non une compétition ou un sport. Les disciplines qu'on appelle arts de la voie, notamment l'Aïkido, le Iai-do ou le kyudo, illustrent bien cette différence. L'instant de l'affrontement ou la réalisation d'un acte ne sont que les manifestations visibles et matérielles d'un trajet beaucoup plus profond, plus long et plus secret. C'est ce rapport entre visible et invisible vu à travers le prisme du combat qui sera le fondement de mon écriture.

Au Japon, je mènerai un travail d'imprégnation et de confrontation à la réalité des arts du combat.
J'aurai la chance de rencontrer et de participer à Kyoto au cours du Maître Kuniko Tatsusawa, dernier dépositaire d'une ancienne école de Jiu-Jitsu. Mon maître d'Aïkido m'a introduit auprès de lui à l'occasion de sa venue à Paris en février dernier.
A Tokyo, j'irai dans les heyas de sumo suivre les entraînements quotidiens des combattants, J'assisterai également à un Bashô, tournoi de sumo de deux semaines.
Enfin je m'intéresserai à la dimension contemporaine des arts de combat au Japon à travers le
Combat libre, discipline née il y a dix ans, qui réunit au Japon plus de 50 000 personnes à chaque manifestation.
Je poursuivrai également la pratique de l'Aïkido à Kyoto.
Toutes ces rencontres travailleront comme des déclencheurs et des ancres réels pour l'écriture.

Le texte que je veux écrire sera le récit d'un combat. Il prendra la forme d'une épopée dans laquelle combattront des hommes, des forces de la nature et des dieux.
Les deux personnages centraux seront le combattant et le combattu.
Autour d'eux graviteront d'autres personnages. Le choeur de ceux qui regardent. Le maître. L'ancien vaincu. L'amante. L'amant. L'ancien guerrier. Les kamis. Le soleil. Le vide. Les dieux muets. La terre. L'étranger.
J'ai réfléchi à l'endroit où pourrait avoir lieu le combat. Les jardins de Kyoto, parce qu'ils sont justement un point de jonction entre la Nature, les dieux et les hommes m'ont ouvert une piste de travail que je souhaite explorer. J'irai dans ces jardins régulièrement parce que je veux y ancrer une part de mon texte.

Les cinq mois de résidence me permettront d'écrire le texte et de nouer des contacts professionnels pour monter la production qui s'en suivra, qui impliquera une distribution franco-japonaise.

 

 

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