NEIGES : Atelier au lycée Mendès France de La Roche/Yon

 

Dans le cadre d’une résidence d’auteur au Grand R – scène nationale de La Roche-sur-Yon en février 2011, autour de son texte « Neiges », Yan Allegret a rencontré les élèves de 1ère L1 du lycée Mendès France de La Roche/Yon. Présentation et retours…

 

En lien avec la Scène Nationale Le Grand R et la Maison Gueffier, deux rencontres ont eu lieu.

Quelques mois après l’atelier qui avait eu lieu avec Dominique Petit autour de la pièce Neiges (cf autre article sur le site), les élèves ont enfin pu travailler avec l’auteur de ce texte.

La rencontre s’est déroulée en deux temps : d’abord, mardi 1er février, en classe, pendant 2h, autour des textes de Yan Allegret, notamment Neiges, Hana no michi et Rachel ; ensuite, dans le studio de danse du lycée, pour une rencontre originale qui a pris la forme d’un atelier de pratique de 3h autour de Neiges et des propositions de l’artiste.

Tous les élèves avaient travaillé en français sur Neiges ; les élèves de danse avaient abordé le texte dans leur discipline, et les élèves de théâtre travaillent depuis novembre à une création autour de Rachel et de Neiges. Tous se sont retrouvés pour aller à la découverte de ce qui constitue l’univers et le travail de cet artiste singulier.

Les deux rencontres ont été très riches : un échange d’abord, un atelier de pratique ensuite. Chacun a pu apprécier la générosité avec laquelle l’écrivain a échangé autour de son travail, et la passion avec laquelle il a mené l’atelier. Qu’il en soit ici remercié !

Les traces de ces rencontres sont durablement imprimées dans les esprits, et les textes écrits par les élèves à l’issue de cette semaine, ainsi que les photos, témoignent qu’il s’est bien passé quelque chose à cette occasion !

La découverte se poursuivra en mars avec la création au Grand R de Hana no michi ou le sentier des fleurs, les 15 et 16 mars, à laquelle la classe assistera.

 

                                                                                                         Catherine Moreau, Jean-Baptiste Billé, Francis Lebrun

 

 

        

   

 

Textes écrits par les élèves de 1L1 à l’issue de la rencontre avec Yan Allegret

 

 

 

Un espace…,

Des présences…,

Un public.

Quel écho le texte de Neiges fait-il en moi ? A cet instant. Je décide d’être le corps principal.

Des gestes viennent sans que je ne réfléchisse trop.

Quel écho le texte de Neiges fait-il en moi ?

C’est le subconscient qui prend place.

J’entends du dehors quelques bribes de Neiges.

« Un flottement ».

Et si je deviens l’ange de quelqu’un ?

Qu’est-ce que ça va me faire dans le corps ?

Un apaisement.

Je regarde la personne, simplement. Sans rien ajouter d’artificiel.

« Il faut être bienveillant ». Voilà ce que disait Yan Allegret.

Quel écho le texte de Neiges fait-il en moi ?

Je retourne à ma place, toujours présente et sans précipitation.

Tiens, je passe tout près de quelqu’un d’autre. Regard.

Quelques minutes passent, puis je retourne sur scène.

Je suis voix principale maintenant. Je souhaite mettre du rythme dans le texte.

Des couleurs différentes dans Neiges.

Je brasse les feuillets, je lis, je coupe des passages, je lis, je répète, je chuchote, je donne un peu de vie au texte, « à la neige ».

Quel écho le texte de Neiges fait-il en moi ?

Quand l’atelier est fini, je me suis dit que c’était passé vite. Un peu trop vite peut-être.

Mais je suis contente du parcours que nous avons fait, de l’expérience que Yan Allegret m’a fait découvrir.

 

Merci infiniment pour ce grand moment de partage.

J’y ai réussi à trouver ma place.

Une place juste.

 

Flora

 

 

 

Un flottement, une absence, un vide, tel était mon sentiment.

Marquant, déstabilisant, parfois même bouleversant à certains moments.

Même si l'appréhension était là, les sensations procurées étaient fortes et agréables.

Un temps, une durée, pas définis mais essentiels.

Un artiste surprenant et une expérience qui l’est tout autant.

 

Mélissa

 

 

La surprise a pris place à l’intérieur de moi, l’envie de me lancer s’est installée. Profiter du fait de créer des liens entre nous par les regards, les mouvements, les rythmes…

La gêne s’est aussi installée. Une nouvelle histoire, de nouveaux chemins, de nouvelles personnes. C’est une histoire qui ne se termine jamais, elle est infinie.

Etre bousculé. Emmené par un univers différent, par autre chose. Pourtant la banalité est présente, elle est là. Elle nous entoure sans qu’on la remarque.

 

Hannah

 

 

S’abandonner à la simple nécessité de l’envie et du ressenti. S’asseoir et observer. Marcher et s’arrêter. Entendre. Ecouter.

Laisser l’émotion se répercuter puis, se propager.

Redonner son importance au mouvement le plus infime.

Laisser jaillir. Laisser partir. Un flottement. Un espace.

Une seconde ? Une minute ? Une heure ?

Peu importe tant qu’on le vit sincèrement.

 

Emma

 

 

Il fait froid dehors, mais je ne bouge pas

 

C'était un vendredi après-midi. Une rencontre inédite. Improbable ?

 

Je me souviens d'un sas, d'une porte ouverte sur l'inconnu, le vide.

 

Il fait froid dehors. Le bois de la terrasse est vivant et les cailloux sont doux sous mes pieds.

 

Je me souviens d'un tableau blanc, d'une toile blanche, de contraintes qui n'en sont pas, des libertés vertigineuses.

 

Je me souviens que j'ai eu peur. De me perdre, de ne-pas-faire-comme-il-faut. Je me souviens que j'ai eu peur de ma peur.

 

Et terriblement envie de sauter dans le vide.

 

Je me laisse absorber par des mots qui ne sont pas les miens. Un peu trop, je m'y perds. Un ange vient me sauver, je le suis, je suis lui. L'Ange. Mon rôle est tellement simple et si complexe. S'effacer pour exister, pour trouver sa place dans cet univers sorti du papier. Ma place juste.

 

Il est décidé que les mots m'emporteraient. La voix l'a dit, j'obéis. Je l'accepte et replonge dans l'absence de mots étrangers qui me ressemblent tellement que je n'arrive pas à en saisir le sens. L'Essence. Peut-être aurais-je pu les comprendre ? Mais ils m'entraînent dans un tourbillon blanc et feutré qui efface tout, même les traces de pas dans le champ. Tout, sauf une phrase :

 

« Le sens... voilà, il neige. Où est le sens ? »

 

Je m'arrête de parler, j'en ai déjà trop dit. Je regarde autour de moi. C'est la première fois que je me rends compte à quel point la résonance de quelques mots peut remplir l'espace. Et le vider pour qu'il ne subsiste que le nécessaire. L'essentiel, invisible à nos yeux.

 

Je me souviens être sortie de cet espace. Parce que je ne lui appartenais plus assez, parce qu'il vivait autour de moi. Sans moi. Alors je suis partie. Quelques instants.

Je me souviens être revenue. Très vite parce que je n'avais pas le choix. Parce que la chaise m'appelait, parce que mon corps l'appelait.

 

« Mais je ne bouge pas »

 

Je me souviens que dans ma main il  y avait un flocon. Cristal éphémère qui coule déjà entre mes doigts, transformé. Plus vivant que jamais et toujours le même, différent, juste différent et pareil.

 

Il neige... mais je ne bouge pas.

Les voitures passent... mais je ne bouge pas.

Les traces de pas dans le champ s'effacent... mais je ne bouge pas.

La silhouette s'éloigne... mais je ne bouge pas.

Les passants sont rentrés chez eux... mais je ne bouge pas.

 

Je me souviens d'une ombre qui s'approche, d'un ange bienveillant. Je me souviens de sa présence, de ses doigts traçant l'espace à quelques millimètres de moi.

Je me souviens de leur parcours. Je pourrais le retracer. Il m'a trop brûlé pour que je l'oublie. Marquée à vie par quelques secondes d'un temps parallèle, irréel et éternel.

 

Je me souviens d'autres ombres, d'une infinité d'ombres, d'une infinité d'anges. Différents et uniques, confondus et distincts, ancrés dans l'instant par eux-mêmes.

 

Je me souviens de ce que j'ai pensé, ce que j'ai appris. On existe par soi, pour soi et grâce aux autres. On existe grâce aux liens que l'on a avec les autres.

 

C'est le départ, la fin. Ces mots me font peur. On est donc obligé toujours de rester là à regarder le rideau se baisser ? Ça n'existe pas la fin. « Tout se forme, dure quelques instants, avant de se défaire ». Tout se transforme, rien ne se perd. On va toujours de l'avant, un peu plus chargé de bonheur et de regrets.

 

Je me souviens que « le paysage est entré sans que j'y fasse attention ».

 

Et je me souviens aussi qu'il a eu beaucoup de mal à partir.

                                                                              

Clara Dupont

 

 

J'ai rencontré en une semaine trois personnages différents réunis en un seul homme. J'ai vu l'écrivain, l'acteur et le metteur en scène. Autant d'aspects différents de Neiges.

 

Lorsque je suis rentrée dans l'espace de jeu, je ne savais pas quoi faire. J'ai fait l'ange puis je me suis mise en toile blanche. C'est une expérience étrange où l'on perçoit même les plus petits sons et où l'on prend conscience de soi, de son entourage ainsi que du lien entre l'intérieur et l'extérieur.

 

Je ne voulais pas quitter l'espace de jeu sans qu'il se soit « passé quelque chose » pour moi. Cet entêtement rejoignait la consigne donnée au départ. J'ai pourtant quitté l'espace, avec un énorme doute, je ne me suis pas du tout sentie à l'aise dans cet exercice.

 

J'ai aimé cet atelier en tant que spectatrice. Tous ces corps et ces voix, dessinaient le texte Neiges et en faisaient ressortir toute la dimension poétique. Avec cet atelier j'ai parfaitement compris la volonté « d'écrire vers la scène ». Neiges est un texte fait pour que des corps et des voix viennent s'y greffer, cela complète l'écriture.

 

Pauline

 

 

J’ai apprécié le fait que l’atelier autour de Neiges soit un peu sous la forme d’un jeu de rôles, j’ai aussi aimé le fait qu’il y ait de la danse et des prises de paroles dans un esprit assez collectif.

 

Cependant j’ai pris moins de plaisir au niveau de la pratique, en effet avec le bruit de la voix principale et la seconde voix, pour moi cela devenait difficile de faire une « toile blanche » car bien que la lecture d’un extrait du texte puisse aider à faire un vide et s’évader, c’était pour moi plus une gêne.

 

De plus, certains rôles étaient difficiles à jouer…

 

Mais j’ai quand même apprécié l’atelier qui était finalement intéressant, et je vous en remercie. Ce sera et cela restera toujours un plaisir de lire Neiges encore plusieurs fois.

                                  

Clara B

 

 

Honnêtement, je crois être passée à côté de cet atelier. J’étais très mal à l’aise, au point de trembler comme une feuille et d’être si raide que j’ai eu des courbatures le lendemain.

 

Pourquoi, je ne sais pas, à plusieurs reprises j’essayais de me raisonner, c’était une chance inouïe de travailler avec un tel auteur et les consignes changeaient de l’ordinaire, j’aurais réellement aimé les expérimenter.

 

Même en tant que spectatrice, je n’ai pas été pleinement active, au lieu d’être attentive à tout ce qui se passait sur le plateau, je cherchais à comprendre mon état et je trouvais les autres très à l’aise… Avec chacun un univers différent. Et ces talents ne me rassuraient pas.

 

En revanche lorsque je suis allée dans l’espace scénique, pour faire la toile blanche, je me suis sentie très soulagée et j’ai pris plaisir à le faire, même si le début était quelque peu difficile ! Au lieu de me vider de toutes mes émotions, je pensais à ma satisfaction d’être sur le plateau et découvrais que c’était en fait agréable. Après ces quelques instants, je me suis consacrée à l’exercice. Sensations, très étranges, je ne sens plus mon corps, j’ai l’impression que mon esprit flotte… qui suis-je ? Personne, cette impression de ne rien être est très apaisante, c’était comme si la notion du temps n’existait plus… ni rien d’autre.

 

Vanessa

 

Martin,

 

quant à lui, a préféré écrire un texte lié à sa lecture de Neiges :

 

 

  Je marche dehors, au bord de la route.

C’est la fin de l’après-midi. L’hiver.

Il neige, depuis le début de la semaine.

Je rentre chez moi.

 

 

Ce chemin, je le fais tous les jours depuis des années.

L’allée d’érables. L’étalage des maisons.

 

Le bruit s’évanouit.

 

Musique.

 

« Valse Septembre », de Félix Godin.

 

Les notes s’élèvent vers le haut, elles embrassent le ciel.

La brise murmure à travers les feuilles, elle caresse la Terre. Souffle du vent, souffle de vie.

 

 

Tout se forme, dure quelques instants, avant de se défaire.

Neiges

 

 

« Arabesque », Schumann.

 

La Terre respire au rythme de ces notes qui se heurtent au ciel.

 

Les doigts d’Alexis Weissenberg s’abattent sur les touches avec une facilité et une rapidité déconcertantes.

 

Des images, des sensations me reviennent à la mémoire.

 

Je me rappelle des après-midi avec une amie sous un arbre. Allongé. Repos à l’ombre. On discute, on discute. Le vent est frais, un peu trop, peut-être. Malaise. L’ambiance est bizarre, vraiment étrange. Il faudrait partir. Quelque chose ne va pas. Tout est si compliqué… La tête me tourne, stop, il faut arrêter ! C’est du passé. J’aimerais oublier tout ça. Faut-il vraiment remuer le passé ? Qu’importe, je continue..

 

Un après-midi encore, chez une autre amie. Le souvenir semble si lointain… Je le vois comme on voit une photo âgée : un peu jaunie.

Il sonne en écho bref et rapide. A peine net. A peine précis. Le bruit d’une inspiration, le soleil par les grandes fenêtres arquées, sa chaleur sur mon visage. Je me vois fermer les yeux, l’image disparaît en un noir comme lorsqu’on éteint une télévision, et c’est fini. Suit immédiatement un autre souvenir, beaucoup plus net. Les couleurs sont profondes, trop peut-être pour en faire quelque chose de réaliste.

 

L’ensemble ne dure pas deux secondes.

 

A les voir, on dirait que rien de tout cela n’a pu exister. Et je me surprends à me demander si je n’ai pas rêvé…

 

Je me souviens de soirs passés dehors également.

 

C’est l’automne.

Le soleil brille toujours, le ciel est d’azur. Un vent frais balaie les pelouses, l’air a déjà les senteurs nouvelles de l’hiver. Septembre.

Les arbres ruissellent de dorures, s’enflamment. Les échos d’une musique, triste et lointaine, s’en vont périr dans la nature.

 

Et puis, un hiver. Décembre.

Le ciel, d’un bleu pâle, tirant sur le foncé à quelques endroits, est comme du tissu bleu dont on aurait lacéré tout un pan. Moucheté de nuages. Raturé par les tracés blancs de quelques avions, vaisseaux de nulle part se dirigeant vers nulle part. Et malgré tout, un chaud soleil d’hiver. La terre, légèrement humide. Des petites flaques d’or et de sang bruni sur la pelouse ; les arbres se sont dénudés pour l’hiver.

 

Enfin, une photo.

Une montre.

Et je replonge au cœur même d’un voyage scolaire, il y a déjà des années, il me semble ; il paraît si proche !

16 heures 34. La montre s’est arrêtée. Comme ça. Sans un bruit. Et avec elle, tout un village. Le souffle de ses habitants. Le son des cloches. Le temps. Tout s’est arrêté, comme ça, d’un coup, sans un bruit. Tout s’est assoupi. Pour l’éternité. Spectacle de maisons éventrées, saccagées. L’église, décapitée. Un souvenir hallucinant pour des ruines hallucinantes.

Oradour-Sur-Glane.

Sont-ils morts ?

Non. Sans doute pas.

Pas encore.

Pas complètement.

Ils n’ont fait qu’entrer.

Entrer dans un monde qui se nomme « Histoire ».

Les assassinés du 10 juin 1944, plongés dedans par un bel après-midi d’été, sont devenus martyrs, vivants de la vie dans la mémoire collective.

Ils ne s’effaceront pas déjà.

 

Une phrase remonte alors brutalement à la surface, je ne l’ai pas appelée, pourtant, mais elle est là, elle aussi, elle a tenu à se manifester..

 

«  Ceux qui oublient le passé se condamnent à le revivre »…

 

Je sors brutalement de mes pensées.

C’est curieux.

On dirait qu’un vide m’a traversé. 

 

John Williams emboîte le pas à Schumann.

 

« La Liste de Schindler ». Katica Illeny au violon.

 

Les notes, à présent, ne se contentent plus d’embrasser le ciel.

Elles semblent vouloir en déchirer le voile. Ce bleu est décidément bien impénétrable. Devant, les nuages font barrière.

La voûte des cieux jaunie déjà.

Le soir sera là, bientôt.

 

Je sors de mes pensées.

 

« Le sens… Voilà, il neige. Où est le sens ? »

 

Je regarde autour de moi.

 

Je sens l’air sur mon visage. J’entends le bruit lointain du vent.

 

Je lève les yeux, la lumière du soleil couchant me frappe de plein fouet, avec violence, et m’éblouit aussitôt ! Je ferme légèrement les paupières.

C’est quoi cette lumière ?

 

 

Du temps a dû passer.

Et je réalise alors que quelque chose vient de s’achever.

Sensation claire. Précise.

Je ne sais pas où tout cela m’a conduit.

 

 

Nulle part, sans aucun doute.

 

Je me suis arrêté au bord de la route.

 

Il fait beau.

 

C’est un temps à se perdre dans ses pensées.

Les érables n’ont pas bougé. Il y a du silence. Prenant. Trop habituel, peut-être.

La musique s’est envolée avec le reste.

Avec le vent.

 

Je marche au bord de la route.

C’est la fin de l’après-midi. L’hiver.

La neige, depuis le début de la semaine.

Je rentrais chez moi ; il ne reste plus rien.

 

 

 

 

Et enfin  Zoé :

  La principale passerelle qui s’est créée ce vendredi entre le texte de Neiges et mon ressenti personnel est le fait que j’ai vécu cet atelier dans la contradiction. Dans l’entre-deux, en somme. Je ne sais pas à quoi je m’attendais, enfin je sais que je ne m’attendais à rien de précis, mais dans tous les cas… Pas à cela. Le mot qui me venait le plus facilement à l’esprit après l’atelier avec Dominique Petit sur le même texte était sûrement « sérénité ». Presque à l’inverse, à propos de cette séance-ci, je dirais « perturbant ». Dans le mauvais comme dans le bon sens du terme. Avant tout, intéressant et enrichissant, néanmoins perturbant – n’était-ce pas un des buts ?

Pour faire simple – au risque de faire simpliste : j’ai aimé le principe de base, les « outils » proposés, l’état d’esprit de départ ; je n’ai pas aimé la sensation, l’impression d’un déplacement de pions en quelque sorte, le principe originel étant la naissance d’une « nécessité intérieure » chez les participants, presque tout de suite brisée par le fait que votre nécessité intérieure, peut-être, votre besoin de metteur en scène, peut-être, demandait un « quelqu’un entre », un « tu sors » ou une consigne de jeu quand ce n’était pas ce pour quoi les élèves étaient entrés en jeu. Aujourd’hui, selon ce que ces quelques petites heures de lecture, de discussion et d’atelier m’ont laissée apercevoir de vous, je suis très impressionnée par l’homme et par l’écrivain, sûrement un peu moins par le professionnel, ou alors différemment.

J’ai aussi été déboussolée  par un certain sentiment d’individualité. Un manque d’effet de groupe, une mise en valeur de certains éléments, et une certaine course à « qui se ferait remarquer par Yan Allegret », alors que je ne peux qu’être certaine que ce n’était en aucun cas votre but. Dans ce cadre-là, « l’ange » était pour moi une bouffée d’air, tant lorsque je regardais que lorsque j’étais l’ange ou même que quelqu’un était mon ange, par le lien qui se créait quelques instants, la bienveillance ambiante.

Je ne fais pas partie de ceux qui ne se sont pas « retrouvés » dans cet atelier – je le dis au cas où toutes les choses positives que j’ai ressenties ne se verraient pas suffisamment, depuis vingt lignes que j’écris avec un peu trop de franchise. Que ce soit les moments d’observation active, de jeu, de discussion, jusque dans l’échauffement, à tous moments j’ai trouvé des éléments enrichissants dans ce qui arrivait. . Une belle expérience, surprenante, intéressante, perturbante, enrichissante. Il me semble que le mardi vous aviez dit quelque chose comme : un écrivain doit « ouvrir les possibles ». Au final, vous en avez assurément ouverts.

Merci.

  Zoé